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POLÉMIQUE AUTOUR D'UNE FORMATION

 

FORMATION ICACS (Intervenant Conseil en Accessibilité et Compensation Sensorielle)

Une LICENCE UNIVERSITAIRE en collaboration avec l’Université PARIS 13

Qu'en pensent les adhérents ?

Arnaud GREGOIRE

 

 

Arnaud GREGOIRE, Directeur du CRDV, répond aux questions posées par la FISAF

 

 

 

micro

Question :

Un certain nombre d'associations représentatives des professionnels spécialisés de la déficience visuelle ont diffusé par différents canaux des communiqués assez virulents au sujet de la nouvelle formation d'ICACS organisée par la FISAF et l’Université Paris 13, Arnaud GREGOIRE, vous êtes directeur du CRDV de Clermont-Ferrand, quelle est votre opinion sur cette polémique ?

Arnaud GREGOIRE :

Il faut peut-être relativiser. On sent à travers les communiqués de I'AILDV, de l'AVJADV, du GPEAA l'attachement à des métiers créés de longue date et une certaine solidarité entre les métiers, plus qu'une crainte de voir émerger un nouveau métier dans le microcosme de la déficience visuelle. Les communiqués de l'ARIBa et de I'ALFPHV montrent même que Ia question n'a pas véritablement été tranchée ...

Question :

Avez-vous des contre-exemples à apporter aux critiques ?

Arnaud GREGOIRE :

Une des nos salariées, qui est entrée dans cette formation l'année dernière, pourrait vous donner des informations sur le sujet. C’est regrettable que l’on ne donne pas davantage, dans ce débat, la parole aux stagiaires. Ils pourraient témoigner que les contenus sont riches, exigeants, qu’il s'agit d'une formation universitaire d'excellence et non d'une « formation au rabais ». La volonté des promoteurs, dont je fais partie, était de créer au sein de notre champ professionnel un profil multi-compétences, un nouveau maillon dans la chaîne des compétences, un rééducateur généraliste capable d'amorcer, de planifier et d'effectuer des accompagnements de type réadaptatif, tout en s'appuyant sur des professionnels spécialisés, orthoptistes, enseignants, AVJistes et instructeurs de locomotion entre autres …

Question :

Qu’est-ce qui a motivé selon vous la naissance de ce projet de formation, les formations existantes ne suffisaient pas ?

Arnaud GREGOIRE :

L'organisation future des services pour déficients visuels exige de plus en plus de polyvalence. C'est un fait établi, qui est loin de concerner le seul secteur de la déficience visuelle d’ailleurs. On peut toujours porter là-dessus un jugement de valeur, mais il s’agit bien d’un mouvement de grande ampleur qui est à mettre en parallèle avec la diminution progressive du nombre d’usagers au sein des établissements en mode internat au profit de nouveaux services de proximité, aussi bien pour les publics enfants que pour les populations d’adultes.
Cette politique inclusive exige de notre part, operateurs dans le champ du handicap visuel, plus de proximité, plus de « gradation » dans les accompagnements, moins d’investissements lourds. Pour un établissement multiservices comme le notre, qui cherche à fonctionner selon une logique ouverte et par programmes, une telle formation est un atout majeur.

Question :

Pourquoi ?

Arnaud GREGOIRE :

Parce qu’elle permet d'ajouter des nuances dans les accompagnements, entre une prise en charge simple, ne nécessitant que très peu de rééducation et une prise en charge plus lourde, qui absorbe des moyens humains importants et variés. Ces graduations nous font défaut aujourd'hui dès lors que vous faites appel à des professionnels hyperspécialisés. D’autant plus qu’aujourd’hui la plupart des professionnels hyperspécialisés, peu nombreux d’ailleurs au regard des besoins, se concentrent sur les accompagnements individuels plus lourds et l’on ne peut pas les contraindre à réduire ces temps consacrés aux usagers pris individuellement.
Cela ne serait ni acceptable ni équitable. L'ICACS est un professionnel en mesure de traiter la plupart des situations, en sachant identifier celles dont on peut prendre la charge et celles pour lesquelles on doit demander une expertise.

Question :

A contrario de nombreux SAAAIS ont recruté pour fonctionner soit des éducateurs, soit des instructeurs de locomotion, soit des enseignants spécialisés qui s’adaptent à des situations de plus en plus complexes et à des projets individuels de plus en plus hétérogènes et l’on observe que chacun d’entre eux n’a pas forcément la compétence de tout faire et pourtant ils doivent s’adapter, dépasser leurs compétences de base …

Arnaud GREGOIRE :

Absolument et qui aujourd’hui peut a priori dire quel est le meilleur profil de formation pour faire réussir les projets individuels quand dans un service toutes les compétences ne sont pas réunies ? C’est bien ce qu'on observe le plus souvent, cela n’est pas acceptable et pourtant, cette situation là n’est pas dénoncée par les associations représentatives... Nous sommes dans l’obligation de nous adapter en permanence, d’avoir des professionnels capables d’avoir une vision globale des situations, on a besoin d’ingénierie fine avant même d’enclencher les processus rééducatifs !

Question :

Pourquoi la FISAF n’a-t-elle pas communiqué face aux critiques ?

Arnaud GREGOIRE :

Sans doute fallait-il éviter d’alimenter la polémique, tout en se montrant ferme dans les choix opérés… Pour autant, je considère que certains argumentaires des communiqués sont parfois très inexacts. Un seul exemple : 24 semaines de formation, selon certaines associations, ce n'est pas suffisant. Mais alors la question est : quel est le seuil minimum d'heures de formation pour devenir un bon professionnel ? La vérité c'est qu'il n'existe pas de seuil minimum. Ainsi, nos collègues rééducateurs dans les pays nordiques ont des temps de formation initiale inferieurs à ceux des Français…font-ils du mauvais travail pour autant ?
Par contre, il est très important que chaque professionnel s'enrichisse tout au long de sa carrière : un diplôme acquis à l’âge de 30 ans n'a plus la même valeur 20 ans plus tard si le projet professionnel n'a pas été requestionné, et la formation de base enrichie par la formation continue et qualifiante.

Question :

Un mot de conclusion ?

Arnaud GREGOIRE :

Cette question des nouveaux métiers traverse d’autres secteurs. Les responsables d’établissements et services pour déficients auditifs de la FISAF devraient à mon sens se pencher sur la question des spécialisations et de la gradation dans les accompagnements comme nous l’avons fait. C’est en tout cas ce qui ressort de nos réflexions communes.
La FISAF d’ailleurs va consacrer son 35ème Congrès National en 2012 à l’évolution des métiers. Ce sera une belle occasion de reposer ces questions et je l’espère avec l’ensemble des acteurs engagés en dehors de toute polémique. Notre secteur a besoin d’unité, de clairvoyance et d’intelligence collective pour se développer et durer !

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